On me demande souvent comment naît une création. La réponse tient en quelques mots : tout commence par une image. Un flash visuel, une ligne, une forme sommaire qui s’impose d’un coup. J’associe alors cette intuition à un objet — une table, une lampe, un tableau, parfois un élément que je n’avais pas encore imaginé.
Je note la forme dans mon carnet. Parfois elle reste là des semaines, parfois des mois. Je n’ai jamais cherché à produire en série ou à remplir un catalogue ; je laisse simplement venir le bon moment pour lui donner une existence réelle.
Le croquis n’est qu’une base. Je le jette rarement : je préfère l’adapter, ajuster les proportions jusqu’à trouver une justesse, une élégance qui me parle. La création artistique, le dessin en lui-même, est en réalité la partie facile. Le plus difficile commence ensuite : réfléchir à la réalisation technique, anticiper chaque étape, imaginer des solutions aux problèmes qui semblent insolubles, éviter tout défaut qui pourrait abîmer ou dégrader la pièce. C’est dans cette phase que je passe le plus de temps, à projeter, analyser, corriger avant même de toucher la matière.

Quand vient le travail d’atelier, le geste reprend le dessus. Découper, raboter, poncer : c’est là que les proportions évoluent, que certains choix du dessin révèlent leurs limites, que de nouveaux équilibres apparaissent. Le geste finit toujours par affiner l’idée.
Il existe, dans chaque pièce, un moment de bascule. Souvent au cours de l’assemblage. Les éléments s’ajustent — ou résistent. Je comprends alors si l’objet tient debout, s’il respire, s’il raconte quelque chose. Je reste parfois longtemps face à lui, à chercher ce point précis où la forme n’appelle plus aucune modification. Ce moment où tout devient évident.

Le processus n’est jamais linéaire. Il m’arrive de revenir au croquis, de changer d’essence, de retirer un détail que j’aimais. Non par doute, mais par exigence. Je préfère modifier, reprendre, rééquilibrer, plutôt que de laisser sortir de l’atelier une pièce qui ne sonne pas juste.
Ce qui me guide, ce n’est pas la recherche du spectaculaire, mais celle de l’équilibre. Dans la lampe Ombre, tout est parti d’un glissement de silhouette. Dans la collection Lagon, d’une unique courbe qui se transforme en relief intérieur. Dans une table comme Nova, c’est l’essence elle-même qui me montre le chemin.
Créer, pour moi, c’est ce dialogue entre intuition et technique, entre matière et lumière, entre l’esquisse et le geste. Et lorsque cet équilibre apparaît, je sais que la pièce peut quitter l’atelier.

