J’ai toujours aimé l’idée de déplacer les choses de quelques millimètres pour qu’elles révèlent une autre présence. Adolescent, je découvrais Magritte : ses objets semblaient tout à coup se dédoubler, comme s’ils glissaient d’une dimension à l’autre. « Ombre » naît de ce goût du pas de côté : un lampadaire de salon qui reprend la silhouette archétypale du lampadaire, pour mieux en jouer.
Face à l’abat-jour, la question s’invite d’elle-même : suis-je devant une forme en volume, ou devant son icône ? La ligne est claire, le contour s’affirme, et dans cette tension 2D/3D la lumière trouve sa place. L’abat-jour est façonné dans une essence exotique dont le veinage cuivré s’anime sous l’éclairage ; il vibre, respire, et rappelle que la matière porte déjà son propre soleil.
La technique rejoint ici l’esthétique. Dans tout luminaire, le câblage surgit tôt : faut-il le masquer ? le dissoudre ? J’ai préféré l’assumer. Dans la partie haute, il disparaît pour laisser l’abat-jour parler. Dans la partie basse, il réapparaît, comme un trait libre qui longe le pied. Puisqu’il est visible, qu’il devienne dessin : une ligne utile et joyeuse, une petite fantaisie qui raconte l’objet sans le surcharger.
Le pied, en frêne et hêtre teinté noir, sert de contrepoint. Sa présence est fine, stable, précise ; il met à distance la tentation du décoratif inutile pour mieux révéler le dialogue des plans. La lumière, portée par deux ampoules, reste ample mais non agressive : elle éclaire largement sans jaillir au visage, installe une ambiance de salon, accompagne une lecture, nuance une fin de journée.
J’aime les objets qui prennent peu de place et changent beaucoup l’atmosphère. « Ombre » a une emprise au sol réduite — et pourtant il structure une pièce. Placé près d’un canapé, dans un angle ou le long d’une bibliothèque, il se faufile, s’ancre, puis trace ce trait discret qu’on remarque après coup : celui qui équilibre l’espace.
« Ombre » est une invitation : regarder autrement une forme connue, accepter qu’un câble puisse être une ligne, qu’un abat-jour puisse vaciller entre icône et volume, et que le bois, sous la lumière, raconte sa propre histoire.








Prix TTC : 950€
